En 1945, le courage et l’obstination de quelques femmes ont fait basculer les esprits des rédacteurs de la Charte des Nations Unies, qui ont pris en compte et intégré la dimension “féminine” dans l’acte fondateur des Nations Unies.

L’article 8 de la Charte est rédigé comme suit : « Aucune restriction ne sera imposée par l’Organisation à l’accès des hommes et des femmes, dans des conditions égales, à toutes les fonctions dans ses organes principaux et subsidiaires ».

La mention des femmes ne faisait pas partie des premières ébauches du texte. C’est grâce à l’obstination, la détermination et le courage des quelques déléguées présentes, venant des pays en développement de l’Amérique du Sud, que ces lignes ont pu trouver leur place dans ce texte fondateur.

En juin 1945, alors que la Seconde guerre mondiale n’est pas encore achevée et que l’Europe est en ruine, 850 représentants de 50 pays signaient ce qui allait devenir, le 24 octobre de la même année, la Charte des Nations Unies. Parmi eux, seulement quatre femmes allaient parapher cet acte fondateur de l’Organisation mondiale qui allait redonner l’espoir à une génération meurtrie et aux générations à venir.

Sur les 50 pays signataires originaux de la Charte, seuls 30 permettaient le vote des femmes…

Parmi ces pionnières, arrêtons-nous sur deux femmes dont les travaux auront une incidence importante sur l’Histoire.

Pionnières, militantes et activistes 

Bertha Lutz est née en 1894 à Sao Paulo au Brésil dans une famille portée sur les sciences. Elle obtient son diplôme de zoologiste (Spécialité herpétologie) à la Sorbonne en 1918 avant de rentrer au Brésil. Un an après son retour, elle s’engage dans la cause des femmes et crée la Ligue d’émancipation intellectuelle des femmes et représente le Gouvernement brésilien lors du Conseil international des femmes à l’Organisation internationale du travail. Elle crée en 1922 la Fédération pour l’avancement des femmes qui va lutter pour l’obtention du droit de vote. Elle sera ensuite déléguée à la Conférence panaméricaine pour les femmes à Baltimore. En 1925, elle est élue à la présidence de l’Union interaméricaine des femmes et continue sa lutte pour le droit des femmes.

En 1933, Bertha Lutz obtient un diplôme de droit et s’engage pour la reconnaissance des questions de genre sur le lieu de travail. En 1936, elle devient la première femme parlementaire du Brésil et fait partie par la suite de la délégation brésilienne pour la rédaction de la Charte des Nations Unies.

Minerva Bernardino est née en 1907 en République dominicaine., Orpheline très jeune, elle fait partie de la génération des « Normalistas », ces jeunes femmes qui poursuivent leurs études au-delà du cycle primaire et devient fonctionnaire. Elle s’engage en faveur du droit des femmes après avoir reçu une promotion sans augmentation de salaire, car le Gouvernement de l’époque refusait une paye égale entre hommes et femmes.

Elle milite et lutte pour une acceptation générale et l’égalité du droit des femmes notamment électoral et matrimonial en Amérique latine. Elle fait partie des fondatrices de la Convention sur les droits politiques des femmes en 1954. Sans faire partie d’une élite ou d’un mouvement privilégié, elle fait de cette question son cheval de bataille au plus haut niveau politique et diplomatique. Son travail et son engagement font qu’elle fait partie de la délégation de la République dominicaine envoyée à San Francisco pour la rédactoin de la Charte des Nations Unies.

Pour l’anecdote, lors d’une séance de l’Assemblée générale, le président a salué les déléguées avec ces mots : « Mesdames », au lieu de « distingués délégués ». Avant même qu’il ne puisse poursuivre, Minerva Bernardino a demandé la parole sur une motion procédurale et a déclaré : « Vous pouvez nous appeler Mesdames pour nous offrir une tasse de thé ou de café, ou pour nous inviter à déjeuner. Mais dans cette assemblée, nous ne sommes pas des dames, nous sommes des déléguées, et devons être saluées comme telles ».

Elles ont rencontré de nombreuses et actives résistances, venant souvent d’autres femmes des pays développés qui disaient que ce « féminisme spectaculaire » n’était pas nécessaire dans la Charte des Nations Unies et que rien touchant aux femmes ne devait y être ajouté car cela aurait été « une chose vraiment vulgaire ». Ces résistances venaient du fait que certaines des déléguées estimaient que les femmes étaient déjà représentées dans la mention « droits de l’Homme » et que cette distinction pourrait ajouter à la discrimination dont souffraient déjà les femmes et desservir la cause des droits égaux.

Malgré les obstacles qu’elles ont pu rencontrer, ces deux femmes faisaient partie des délégations de leur pays respectif à la rédaction de ce qui allait devenir la Charte des Nations Unies… et allaient permettre de faire de la Charte ce qu’elle est aujourd’hui : un document inclusif qui englobe l’humanité dans son ensemble.

Le 24 octobre est célébrée la Journée des Nations Unies. Cette date correspond à l’entrée en vigueur, en 1945, de la Charte des Nations Unies. En 1971, par sa résolution 2782(XXVI), l’Assemblée générale des Nations Unies a estimé que le jour anniversaire de la création de l’ONU devait être l’occasion pour les gouvernements et les peuples de réaffirmer leur foi dans les buts et principes de la Charte. Elle a déclaré que le 24 octobre serait un jour férié international et a recommandé qu’il soit célébré comme tel par tous les États Membres de l’Organisation des Nations Unies.