Le 5 octobre 2018, le Comité Nobel a annoncé les lauréats de son prix le plus connu et le plus prestigieux, le Prix Nobel de la Paix : Nadia Murad et Denis Mukwege.

Les colauréats ont été récompensés pour « leurs efforts pour mettre fin à l’emploi des violences sexuelles en tant qu’arme de guerre ».

A eux deux, ils incarnent une cause devenue planétaire : la lutte contre l’infamie des violences sexuelles commises en période de conflits, auxquelles ont recours différents groupes armés pour bafouer, humilier, détruire et nier l’humanité de leurs victimes.

« Les violences sexuelles commises en temps de conflits sont une menace pour la paix et un affront à notre humanité », a déclaré le Secrétaire général António Guterres dans son message de félicitation aux récipiendaires.

Il y a dix ans, dans sa résolution 1820 (2008), le Conseil de sécurité a condamné à l’unanimité l’utilisation des violences sexuelles comme arme de guerre. Une résolution à laquelle fait aujourd’hui écho la décision du Comité Nobel.

Denis Mukwege, « L’homme qui répare les femmes »

Denis Mukwege est né en 1955 à Bukavu, dans ce qui était le Zaïre et qui est devenu la République démocratique du Congo. Il entame des études de médecine en 1976 au Burundi et devient médecin en 1983. Il part en 1984 à Angers (France) pour une spécialisation en gynécologie. Médecin praticien en France, il décide de retourner au Congo pour diriger l’hôpital de Lemera.

Au début de la première guerre du Congo, en 1996, l’hôpital qu’il dirige est détruit, et il doit à la chance de ne pas avoir subi le sort de certains de ses collègues morts assassinés lors du conflit. Il se réfugie alors à Nairobi, mais décide de retourner dans son pays pour aider les populations affectées par la guerre.

A Bukavu, il fonde l’hôpital Panzi, qu’il veut être un havre de paix où les femmes peuvent venir accoucher en sécurité. Mais y il découvre une nouvelle pathologie qui allait le bouleverser : la destruction planifiée et volontaire des organes génitaux des femmes dans d’horribles conditions. Sa clinique obstétrique devient peu à peu une clinique du viol où arrivent en masse les victimes des violences sexuelles commises pendant la deuxième guerre du Congo (1998-2003). Il décide alors de prendre fait et cause pour ces victimes et de faire connaitre au monde l’atrocité de ces pratiques inhumaines, tout en continuant son œuvre pour reconstruire ces victimes dans l’Est du Congo.

Il met en place une prise en charge complète des femmes victimes de violences sexuelles, tant sur les plans médicaux et psychiques qu’économiques et juridique.

Le Dr. Mukwege a reçu de très nombreuses récompenses dans le monde, dont le Prix des Droits de l’homme des Nations Unies en 2008 et le fameux prix Sakharov décerné par le Parlement européen en 2014.

En 2016, le Dr. Mukwege accordait aux Nations unies une interview radio dans laquelle il expliquait sa mission.

Le Prix Nobel de la paix 2018 vient aujourd’hui compléter cette liste.

Nadia Murad, ancienne esclave devenu porte-parole

Nadia Murad Basee Taha nait en 1993 dans une famille pauvre, à Kocho dans le nord de l’Irak. Elle et sa famille appartiennent à la minorité religieuse yézidie de la population kurde longtemps persécutée par le pouvoir en place.

En août 2014, la région tombe sous la coupe des djihadistes de l’Etat islamique qui tentent de convertir les populations locales à l’islam. La très grande majorité de Yézidis refusent, ce qui va provoquer la colère et les représailles des djihadistes et entrainer le massacre des hommes et des adolescents, l’embrigadement des plus jeunes comme enfants-soldats et la mise en esclavage des femmes et des filles.

A Mossoul, les captives sont alors vendues aux combattants pour leur servir d’esclaves, notamment sexuelles. Nadia est mariée de force à un commandant de l’Etat islamique qui lui fera subir des violences sexuelles et un viol collectif. Passant de « propriétaires en propriétaires » (13 au total), elle réussit à fuir son calvaire grâce à l’aide d’une famille sunnite qui l’aidera par la suite à fuir la région. Elle parvient à rejoindre l’Allemagne où elle commence à raconter l’horreur qu’elle et les siens ont subie et poursuit son combat, dans lequel elle est soutenue par l’avocate et militante des droits de l’homme Amal Alamuddin-Clooney.

En 2016, elle devient Ambassadrice de bonne volonté de l’Office des Nations Unies contre la drogue et le crime pour la dignité des survivants du trafic d’êtres humains. La même année, elle reçoit conjointement le Prix Sakharov, qu’elle dédie aux « Plus de 6700 femmes, filles et enfants devenus des victimes de l’esclavage et du trafic d’êtres humains de l’Etat islamique ».

Le prix Nobel de la paix vient aujourd’hui récompenser la lutte de cette jeune femme pour la dignité et l’humanité.

Parmi la pléthore reçue par Nadia Murad et Denis Mukwege, citons celui de Michelle Bachelet, Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme :

“Il est difficile d’imaginer deux lauréats du prix Nobel de la paix plus méritants que Nadia Murad et Denis Mukwege. C’est un témoignage amplement mérité de la reconnaissance de ces deux militants extraordinairement courageux, persévérants et efficaces contre le fléau de la violence sexuelle et le recours au viol comme arme de guerre.

Nadia et Denis, je suis sûr de parler au nom de tous les défenseurs des droits de l’homme. Lorsque je dis que nous vous saluons, nous vous admirons au-delà des mots. Vous vous êtes battus pour que les souffrances sexuelles subies par les femmes soient reconnues et confrontées et pour que leur dignité soit restaurée. Nous avons besoin de plus de gens qui défendent ce que vous avez défendu pour les droits des femmes, pour la justice, pour les droits des minorités, pour les droits de tous. Merci pour tout ce que vous avez fait.”