Depuis 73 ans, il est de tradition que le Président du Brésil ouvre les discussions de haut niveau au début du débat général. Mais savez-vous pourquoi ?

Cela remonte à la toute première session de l’Assemblée générale à Londres, le 10 janvier 1946 … presque par accident.

Frederico Meyer, ancien conseiller à la Mission du Brésil auprès des Nations Unies explique : « Les grandes puissances qui avaient gagné la Seconde guerre mondiale ne voulaient pas donner l’impression de s’accaparer les débats de cette première session de l’Assemblée générale. Une nouvelle ère commençait ; une nouvelle organisation internationale démocratique, où tous les membres étaient égaux, était née : un état, une voix. Il a donc été décidé d’offrir aux pays qui n’appartenaient pas au groupe restreint des vainqueurs de la Guerre l’occasion de s’adresser à l’Assemblée en premier. Ainsi, le Brésil s’est retrouvé en tête de la liste des orateurs ».

Le plus grand pays d’Amérique latine était représenté, lors de cette première Assemblée générale, par un diplomate chevronné et hautement respecté, l’Ambassadeur Luis Martins de Souza Dantas, loin d’être un novice en termes de relations internationales.  Au début du XXe siècle, il avait été par deux fois Ministre des affaires étrangères du Brésil et dans les années 20, il avait représenté son pays à la Société des Nations … deux fois aussi.

Il existe cependant des versions différentes de cet épisode qui marquera l’Histoire de l’Assemblée générale.

« Pour autant que je sache, il n’y avait pas de volontaire pour prendre la parole en premier, mis à part le Brésil », dit Vadim Perfilyev, ancien directeur du Département en charge d’établir la liste des orateurs. « Contrairement à ce qui se passe aujourd’hui, personne ne voulait parler en premier, tous pensaient que ce serait mieux de parler plus tard dans la session. Il faut dire qu’à l’époque, le débat durait 4 semaines ».

Quoiqu’il en soit, un précédent avait été créé…

« L’année suivante, à la veille de la deuxième session de l’Assemblée générale, nous avons reçu une note du Secrétariat des Nations Unies nous demandant si le Brésil acceptait d’être le premier orateur une fois de plus. Et nous avons dit oui. Depuis lors, nous recevons cette même note tous les ans », dit Frederico Meyer.

Cette tradition a-t-elle été remise en cause ?

« Non, la question ne s’est jamais posée. Les Brésiliens sont très pointilleux à ce sujet et veulent garder cet ordre des choses. C’est essentiel pour eux. Ils pensent que c’est presque une question d’importance nationale », répond Vadim Perfiliev.

Ainsi, depuis des décennies, les présidents, ministres ou ambassadeurs brésiliens inaugurent le débat général.

L’ONU a-t-elle toujours respecté cette règle ? « Oui et non » sourit Frederico Meyer.

Une exception a été faite pour le Président américain Ronald Reagan, l’année de la tentative d’assassinat dont il a été victime [1981]. Craignant une nouvelle tentative, les membres du Service secret [en charge de la protection rapprochée des Présidents des Etats-Unis] l’ont accompagné aux Nations Unies le matin du premier jour du débat général et l’ont extrait immédiatement après qu’il ait prononcé son discours. Toutefois dans le programme de la journée, son allocution était listée séparément. Ainsi le Brésil était toujours officiellement dans les documents le premier pays à prendre la parole.

« Cela est très important pour nous. Le Brésil croit en la diplomatie multilatérale. Nous pensons que notre déclaration donne le ton à l’ensemble du débat. Donc ce discours est toujours méticuleusement préparé. C’est le moment où nous nous adressons au Monde, nous sommes sous les feux de la rampe. Et la salle de l’Assemblée générale est toujours pleine en cette première journée, ce qui n’est pas le cas pour les journées suivantes », explique l’ancien diplomate brésilien.