Devoir de souvenirs pour Maha Fayek

Jan 29, 2021

Samedi, 28 novembre 2015, tous les évêques de l’intérieur de la République centrafricaine et de pays voisins sont réunis dans la cour de la résidence de l’Evêque de Bangui, Dieudonné Nzapalainga, qui sera nommé Cardinal en 2016.

Dans 24 heures, le Pape François foulera le sol centrafricain pour une première visite en Afrique du souverain pontife. Des responsables de l’église catholique, assis autour d’une demi-douzaine de tables, échangent sur cet événement historique. Parmi eux, une journaliste, Maha Fayek. Munie de son enregistreur, elle recueille les témoignages pour les diffuser, aussitôt après, sur les antennes de Guira FM, la radio de la Mission de l’ONU en République centrafricaine(MINUSCA), qui signifie arbre à palabre en langue locale, Sango.

La vie professionnelle de Maha Fayek à la tête de Guira FM, entre 2014 et 2017, a été ainsi rythmée : aller sur le terrain, recueillir réactions et témoignages, couvrir les événements pour informer les populations Centrafricaines… Elle sera plus tard appuyée par Jean Pierre Ramazani, un ancien collègue de la Radio des Nations Unies à New York. « J’ai connu Maha Fayek au siège de l’ONU où j’ai intégré en 2006 l’Unité francophone de la Radio de l’ONU. Nous avons travaillé ensemble pendant 8 ans dans cette unité en couvrant les grands évènements au siège des Nations Unies et à travers le monde », se souvient Jean Pierre.

Et lorsqu’en 2014, il retrouve, en République centrafricaine, cette ancienne collaboratrice, c’est avec une équipe encore embryonnaire de Guira FM, elle comme cheffe de l’équipe et lui comme rédacteur en chef. Un tandem qui a vu grandir la jeune radio, laquelle a su naviguer à travers d’importants défis pour, enfin, réussir à conquérir un pourcentage de plus en plus grandissant d’auditeurs à travers la Centrafrique.

Aujourd’hui, c’est non sans émotion que Jean Pierre salue « l’excellente relation de travail qui prévalait dans l’équipe ». Maha Fayek était, en effet, une brillante journaliste, une professionnelle aguerrie qui aimait passionnément son travail. On retient aussi d’elle « une rapidité dans le traitement de l’information doublée d’un perfectionnisme perceptibles à travers ses productions radiophoniques, ses entretiens, reportages et ses autres papiers rédactionnels ».

« Infatigable, engagée et déterminée… Maha Fayek l’a été, parfois au détriment de sa propre santé, se souvient Uwolowulakana Ikavi, une autre collègue de Division de la Communication stratégique et de l’information publique de la MINUSCA. « Alors que montait la pression de la confection d’une nouvelle grille pour Guira FM, elle n’hésitait pas à passer des nuits dans les studios de Guira, munie de sandwich et d’une bouteille d’eau, pour finaliser le travail », se rappelle-t-elle à l’égard de la désormais défunte Maha ou de cette amoureuse du travail dont l’exubérance éclipsait souvent la beauté du cœur.

Boris Ngouagouni, l’un des premiers journalistes de Guira FM, se rappelle du rôle de Maha qui s’est « battue pour que les Centrafricains des quatre coins du pays puissent avoir droit à la parole », et a réussi à mettre en place Guira FM. « Ces quelques mots pour te témoigner ma reconnaissance après toutes les années passées depuis qu’on s’est connus en 2014 », écrira Boris dans le livre de condoléance de celle qu’il appelle affectueusement « une mère, une grande sœur et un guide dans le système des Nations Unies ».

Les collègues de Maha se souviennent aussi de son engagement pour le personnel, à l’image de Jean Pierre Ramazani : « Maha Fayek était aussi membre du syndicat du personnel. En cette qualité, elle n’hésitait pas à défendre avec acharnement plusieurs de ses collègues nationaux ou internationaux à jouir de leurs droits, que ce soit au siège des Nations Unies à New York ou à la MINUSCA. Usant, à volonté, de sa légendaire liberté d’expression et de pensée dans les réunions auxquelles elle participait. Elle était quelques fois incomprises mais ses idées novatrices, parfois révolutionnaires ou carrément insolite marquaient les conclusions de ces réunions ».

Une autre collègue de Bangui, Mimi Tefera, dira d’elle que « c’était une femme forte qui a fait face à des défis, qui se défendait et défend les autres, qui refusait de se taire face à l’injustice ».

Aujourd’hui Guira FM est accessible sur le bouquet Canal plus. Elle est aussi captable via le téléphone portable. D’autres avancées sont à espérer. Mais une chose est certaine, Guira FM portera, à jamais, la marque de Maha Fayek.

Repose en paix, chère Maha.

L’équipe de communication stratégique et d’information publique de la MINUSCA

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